Un bistrot chaleureux non loin de la Place Clichy, par un samedi matin ensoleillé, et une bonne tasse de thé sous la main, c’est dans ce contexte plus que sympathique que je rencontre Emil Wilk (alias M.I.L.K.), afin de l’interviewer en vue de sa participation en tant que première partie du concert du duo Ofenbach à l’Olympia le soir-même. Un concert auquel je me suis également rendu, et qui eut le mérite de dépasser mes attentes, moi qui ne connaissait ce jeune homme que depuis quelques jours alors que je préparais mes questions. Il a un réel talent, sa musique est chaleureuse, enjouée, et il a su tout à fait charmer le public du mythique Olympia, lui qui ne s’était pas forcément déplacé pour le voir. Et sur scène comme de face, il impressionne. Il est très à l’aise, très avenant, et on ne peut que se sentir admiratif devant lui, et rentrer dans son univers. Mais assez de tergiversations, voici donc pour vous l’interview de M.I.L.K., un artiste qu’il va vous falloir dorénavant suivre attentivement !

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<< Emil, j’ai cru comprendre que vous étiez à Paris depuis deux ans maintenant, alors qu’est-ce que vous en dites ?

J’adore Paris, je pense que Paris est probablement ma… Tu vois j’ai Copenhague comme ville favorite, où j’habite également, et aussi Paris, mais ces deux-là sont mes deux villes préférées au monde je crois. Je  suis tombé amoureux de Paris quand j’ai commencé à venir pour rendre visite à mon ex-petite amie qui travaillait ici. Donc je venais pour la voir, et puis j’ai rencontré plein de français, de parisiens, et j’ai vraiment aimé à quel point ils sont différents des danois, parce que les français, en particulier les parisiens, sont bien plus directs, ils ont leur opinion sur les choses, alors qu’au Danemark, tout le monde est plus doux, ils sont comme du pain tu vois, alors que les parisiens, ils vont plus au contact, pour eux c’est possible de tenir une discussion, de débattre, et j’aime vraiment ce trait de caractère chez eux. Donc oui je les aime vraiment.

 

Votre dernier EP s’intitule “Maybe I Love Kokomo”, j’ai remarqué que ça correspondait à votre nom d’artiste, M.I.L.K… C’est intentionnel ?

C’est le cas ! En fait au début, quand j’ai commencé avec ce nom “M.I.L.K.”, cette abréviation, beaucoup de journalistes me demandaient ce que cela signifiait, et comme ça ne voulait pas vraiment dire quoi que ce soit, je disais plein de trucs différents… Et puis j’ai trouvé “Maybe I Love Kokomo”.

Et que veut dire “Kokomo” ?

Kokomo est une île dont les Beach Boys parlent dans une chanson. C’est l’une de plus grandes chansons, et ils l’ont fait pour ce film avec Tom Cruise (Cocktail, 1988), et tous les fans du groupe, ils ne l’aimaient pas trop, parce qu’elle était humoristique d’une certaine façon, elle était très drôle cette chanson, mais je pense que c’est une bonne chanson. Par son humour, et d’une certaine façon elle est badass, car elle n’essaie pas d’être cool, et je pense que c’est ce que j’aime avec mon second EP, je voulais juste faire quelque chose de plus honnête, en essayant pas d’être quelque chose, d’être de la musique que je ne peux pas faire, et je pense que Kokomo est un rappel à ça, donc peut-être que j’aime Kokomo… Et Kokomo est aussi cette île imaginaire où tout va bien entre deux amoureux, que rien ne va mal, où tout n’est qu’utopie…

Comme l’Eden ?

Oui exactement, sauf que c’est une île inventée, elle n’existe pas. Alors mon idée c’était que peut-être j’aimerais ce genre d’endroit en ce moment.

 

Quel est votre EP préféré ?

J’aurais envie de dire que j’aime les deux, je sélectionnerais des chansons qui sont sur chacun, des titres vraiment bons, dont je suis fier. Comme Following The Sun et U And Me du premier EP (A Memory of a Memory of a Postard, 2017), et du second EP (Maybe I Love Kokomo, 2018), j’aime vraiment So Fine, je les aimes tous évidemment, mais So Fine, Rebound, et Make My Way To Paris (en duo avec Benjamin Biolay). Je suis fier des deux, mais tu vois, le premier était un peu en retenue, sur une ambiance de détente sur la plage, alors que le dernier est plutôt dans la danse… Ils sont différents de cette manière.

Cela varie selon votre humeur ?

C’est tout à fait ça.

 

Comment décririez-vous votre style, pour un néophyte qui ne connaîtrait rien de vous ?

Je dirais que… Imagine un peu l’été tu vois ? Tu sais, je viens de Copenhague, et c’est une ville scandinave où il fait super froid en hiver, et j’avais vraiment envie de quelque chose de plus chaud, de plages, de soleil, d’été… Donc oui dans ce sens c’est de la musique qui évoque mes envies de plages.

Un peu comme Lana Del Rey (qui a un style musical évoquant beaucoup l’été) ?

Oui, un peu comme elle oui.

 

Vous jouez à l’Olympia ce soir, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Oui ça va être sympa… Je pense que ce sera cool parce que dans ces villes comme Paris, Londres, Copenhague, Stockholm, New York, etc… Il y a toujours LA salle de spectacle, la plus respectée, la plus légendaire, un lieu historique, et j’ai l’impression que c’est le cas pour l’Olympia à Paris, enfin je pense, je ne sais pas encore. Et j’ai le sentiment que quand le public vient dans un endroit comme celui-ci, ils s’attendent à quelque chose, ils sont persuadés qu’ils vont assister à un bon spectacle, et donc c’est toujours génial de jouer pour un public qui a autant d’attentes, tu vois ce que je veux dire ?

 

Il est sympa Benjamin Biolay ?

Oui il est super cool comme mec !

Vous allez continuer à collaborer ?

En fait je pense qu’on va faire un nouveau morceau… Il est très talentueux. C’est un excellent musicien, mais il est également un type très intéressant, et il a son avis sur tout, comme les français dont je parlais plus tôt ! Il est le parfait parisien, parce qu’il a un opinion sur tout, sur l’esthétique, de la musique, du cinéma, et même du café, tu vois ? Sur le bon vin, sur tout… On était en studio, et tout était très parisien, car il était très précautionneux dans sa sélection, genre “On va faire ça, on va garder ceci, on va faire cette musique, le son sera comme ça”, et il est très particulier dans ce qu’il aime, et ça fait du bien de travailler avec lui. Certains artistes se contentent de dire que tout est bien, mais lui il est très perfectionniste, mais il est aussi plus vieux que moi, donc il sait ce qu’il veut, il n’est pas comme tout le monde… Je pense que s’il était réalisateur, on pourrait ressentir, tu fais des films donc tu vois sans doute de quoi je parle, certains films de réalisateurs se ressemblent tous d’une certaine façon, enfin ils sont très différents, mais ils ont quelque chose dans l’âme qui le même…

Leur touche ?

Oui c’est ça ! Et je pense que Benjamin a cette touche-là, dans tout ce qu’il fait, et donc c’est très intéressant de travailler avec lui, j’espère qu’on va pouvoir faire une autre chanson un jour.

 

D’autres artistes français avec qui vous aimeriez collaborer ?

Oh oui il y a plein d’artistes français avec qui j’aimerais travailler. D’ailleurs je collabore avec quelques-uns d’entre eux en ce moment, à vrai dire je vais être “en featuring” sur un morceau d’un grand groupe français, mais je ne pense pas avoir le droit de dire qui c’est pour le moment. Mais je peux te dire que ça sortira en début 2019. Et ça va vraiment balancer, parce que ce sont des artistes que j’écoutais beaucoup, depuis cinq ou dix ans avec mes amis, donc je pense que ça va être cool. Tu sais c’est marrant de travailler avec des français, parce qu’en Amérique, à Londres, ou à Stockholm, les gens sont très professionnels dans leurs manières de faire des collaborations, alors qu’en France, on fait vraiment connaissance avant de faire quelque musique que ce soit. A Stockholm par exemple, on peut rentrer en cabine avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, on rencontre à peine le producteur, et puis cinq minutes plus tard on enregistre. En France ça ne fonctionne pas de la même façon. Ici on apprend à connaître l’autre, ce qu’elle aime, histoire de trouver la bonne vibe, de développer une véritable amitié au fond. Donc j’aime vraiment cet aspect-là de mon travail en France. J’aime cette façon de faire française. Il y a beaucoup d’artistes avec qui j’aimerais travailler, et puis il y en a d’autres avec qui je commence à travailler, et c’est vraiment cool. Pour mon prochain album notamment, il va y avoir des singles en solo, il sortira l’année prochaine, je le fignole en ce moment-même, et il y aura plein de français qui auront travaillé dessus, donc c’est vraiment cool.

 

Comment compareriez-vous la musique française et danoise ? Vous avez une préférence ?

Je ne dirais pas que je préfère l’une à l’autre. La musique française peut être tellement de choses, mais pour moi la musique française, c’est des oeuvres iconiques, c’est ce que j’aime à son propos, quand on compare avec la musique américaine par exemple, ou avec la scène londonienne, ici ce qui marche c’est ce qui est classique, les français ont de manière générale plus de sensibilité pour la musique qualitative, ou à la qualité des instruments, les français accordent beaucoup d’importance à cela, et c’est ça que j’aime vraiment. Alors qu’en Scandinavie, il y a beaucoup de producteurs qui suivent une ligne directrice stricte, mais qui sont progressistes, et ils font les choses différemment, et ça sonne neuf. Et moi ce que j’essaie de faire sur mon album, c’est de m’inspirer de cette vibe expérimentale danoise, et d’y infuser cette qualité française, pour en faire un seul et même son.

Le vôtre ?

Oui exact. Donc je ne sais pas si je préfère l’une ou l’autre, mais chacune a ses qualités.

 

Quelle chanson vous auriez aimé écrire ?

Une seule ? Je pense que… Il y en a beaucoup que j’aurais aimé écrire, mais je pense que ce que Quincy Jones, Michael Jackson et Rod Temperton ont fait sur Off the Wall, le premier album de solo de Michael

J’adore cet album !

Je l’adore aussi, dans sa totalité, il est excellent ! Et comme chanson en particulier, peut-être Rock With You, la mélodie est tellement belle, mais en même temps elle est un peu jazzy, donc ça en fait une chanson sur laquelle les gens peuvent danser, mais en ayant une émotion très forte quand-même. C’est le genre de chanson sur laquelle les gens se défoulent sur le dancefloor, ils chantent en même temps, avec leur voix et leur coeur. Elle parle à leur âme, et à leur corps. Je pense que c’est le prototype de la parfaite chanson. Mais il y a plein de chansons que j’aurais aimé écrire… Il y aussi Feel Good Inc. de Gorillaz, tu la connais ? C’est une super bonne chanson, elle est très simple, mais elle est très bien construite.

 

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

J’espère que dans cinq ans je pourrais être dans une position où… C’est dur à dire… Je n’y pense pas vraiment, je me concentre plus sur ce que je fais en ce moment, je veux dire je suis en train de finir mon prochain single, donc j’y pense beaucoup, et puis dès que j’aurais terminé cela, je me concentrerais sur la prochaine chanson…

Chaque chose en son temps ?

C’est ça, mais tu sais si tu demandes à mon label, ils auront probablement un plan de cinq ans pour moi, mais moi je pense plus en termes de projets, comment chaque projet va être reçu, plus individuellement que dans l’ensemble, et comment il fonctionne dans un tout. Mais c’est dur à dire… Dans cinq ans j’aimerais bien être en tournée, j’aimerais vraiment avoir le même groupe live que j’ai en ce moment.

Le même qu’en studio ?

Non pas forcément, en studio c’est juste moi et différents musiciens, mais en live, j’aime vraiment beaucoup mon saxophoniste, mon bassiste, et mon manager, toute mon équipe quoi, donc j’espère pouvoir rester avec cette même équipe que j’ai en ce moment, mais en faisant encore plus grand qu’on ne fait aujourd’hui.

 

Un dernier mot ?

Merci, merci tchin tchin !

Merci Emil !

Merci, c’était très sympa. >>

Propos recueillis & traduits par Marcelo Engelo

Photos par Florence Pernet & Marcelo Engelo

 

Le clip de Make My Way To Paris (feat. Benjamin Biolay)

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