Interview de Marina Kaye disponible sur SoundCloud

 

Marina Kaye fait partie de ces artistes à part dans la scène musicale française. Jeune, chantant en anglais, et avec un style d’écriture plutôt sombre. Mais c’est sûrement ce qui la fait se démarquer des autres, et pour être franc, cela fonctionne à merveille.

De passage à la Vapeur de Dijon dans le cadre de la tournée de son second album Explicit, elle s’est faite désirer, attente rendue supportable grâce à une première partie de qualité, et notamment très drôle, du groupe suisse Stevans.

Elle a ensuite démarré son concert de plein feu, et nous en a mis plein les oreilles et plein les yeux, avec une scénographie plus que remarquable.

Après quelques morceaux plutôt dynamiques, tels que Armour ou Dancing With The Devil, Marina nous a gratifié d’une interprétation très émouvante de Something, son morceau préféré à ce jour. Et assurément le point culminant du concert.

Seul défaut de ce spectacle ? Sa durée trop courte à notre goût, on aurait aimé que la soirée s’étale encore plus longtemps. Mais ça ne nous fait en aucun cas regretter d’y être allé, si vous avez l’occasion d’aller la voir, n’hésitez pas !

Interview :

Bonsoir Marina, comment vas-tu, la tournée se passe bien ?

Alors oui, ça se passe très bien, on a eu de super belles dates, et ce soir à Dijon aussi c’était vraiment génial.

 

Tu connais sans doute ce cliché journalistique de “l’album de la maturité” quand un artiste ou un groupe sort son deuxième album… Comment est-ce que toi tu le définirais ?

C’est clairement pas l’album de la maturité, c’est juste mon deuxième album, avec des chansons qui parlent de mes états d’esprit à l’époque où je l’ai écrit, donc aujourd’hui ils sont encore différents, mais c’est tout simplement mes états d’âme en 2017, c’est-à-dire au moment où il est sorti, mais c’est clairement pas mon album de maturité.

 

Es-tu satisfaite des retours sur Explicit depuis sa sortie l’automne dernier ?

Ah oui vraiment, les gens m’ont donné de super bons retours, et surtout ce que je trouve vraiment important c’est que, moi quand j’ai réécouté l’album en entier je me suis dit “Ah c’est vraiment cool parce que c’est un album de live”, je trouve que déjà les arrangements sur l’album ils sonnent déjà “live”, et je trouve que c’est vraiment un bon album pour aller en concert, et c’était vraiment le plus important pour moi donc c’est bien.

 

 

On a pu t’entendre faire un featuring avec Soprano, Mon Everest sur son album à lui d’abord, puis ensuite Vivre sur le tien, et tu as également participé à l’album Balavoine(s), en reprenant magnifiquement S.O.S. d’un terrien en détresse dans sa version anglaise, sans parler de la chanson de Céline Dion présente sur la version deluxe d’Explicit… Avec qui aurais-tu envie de collaborer dans le futur, à part Bruno Mars ? Peut-être pour le troisième album ? Et que penses-tu du phénomène des featuring en général ?

Alors, honnêtement, sincèrement j’ai vraiment pas la moindre idée d’avec qui je voudrais collaborer, si on m’avait dit Soprano, j’aurais dit “Quoi ?” et au final ça s’est hyper bien passé. Après, les featurings je trouve ça super du moment que c’est sur une chanson, que ça met en valeur au même niveau les deux personnes, c’est-à-dire que, moi ce que j’aime pas c’est le featuring pour faire un featuring, genre on met un nom moyen avec un gros nom et forcément ça va faire un tube, non, si la chanson est bonne ça va faire un tube, si la chanson est mauvaise ça va rien faire. C’est comme ça que je vois les choses, du coup, pour moi un featuring c’est utile quand c’est comme du Soprano et moi quoi, genre on a fait la chanson on était à fond dedans, on était hyper contents, et on l’a kiffé, et du coup ça a fait son effet boule de neige, donc dans ces moments-là je trouve ça utile.

 

Au départ, il était presque acquis que tu ne chantais qu’en anglais, puis tu as interprété Vole de Céline Dion lors d’une cérémonie en hommage à Grégory Lemarchal, que tu as d’ailleurs mis dans l’album en bonus, et il y a aussi des morceaux en français comme Merci quand-même ou Vivre, qu’est-ce qui t’as fait prendre cette décision ? Cela te semblait-il une évolution logique ?

Sincèrement, c’est juste que j’étais en studio, et je me suis dit “Ah bah tiens je suis en studio en France avec des français, je vais faire une chanson en français”, ça s’est passé comme ça. Et du coup je me suis dit “Vas-y essaie quoi, et puis on sait jamais”, et puis au final voilà j’ai écrit Vivre en premier, et j’ai invité Soprano dessus, et ça m’a bien déterminé pour en faire une deuxième du coup j’ai fait Merci quand-même, après je me suis dit “Voilà c’est assez, on va pas faire plus que ça dans mon album” parce que ma patte c’est quand-même de chanter en anglais, et sincèrement c’est sur ça que je préfère continuer.

 

 

Tu as 20 ans, mais pourtant tu es déjà baignée dans ce monde artistique depuis tes 13 ans, comment le vis-tu ? Et grâce à ton regard intérieur, comment vois-tu le monde de la musique évoluer ?

 

 

J’essaie de faire mon truc, de mon côté, et puis je vois ce qu’il se passe autour de moi, et je me dis “Garde ta ligne de conduite à toi”, je pense que c’est ça le plus important, c’est de ne pas essayer de s’adapter à des modes, ou à ce que certains font, je pense que le plus important c’est de garder sa ligne à soi, si on a rien à dire on dit rien, et si on a quelque chose à dire on le dit. Et moi je pense que maintenant j’ai vraiment mon univers et j’ai juste à continuer à marcher sur cette route quoi.

 

Tu n’as jamais caché que la chanson Something racontait le sentiment de mal-être que tu avais vécu après la tournée de Fearless, avec le recul, penses-tu être guérie de ce sentiment ? Si oui, est-ce que faire de la musique est thérapeutique d’après toi ?

 

Alors je pense qu’on est jamais guéri d’un sentiment comme ce que j’ai pu avoir sur Something, parce que c’était vraiment le vide intégral, je me sentais très vide, je savais pas si j’étais bien, si j’étais pas bien, j’arrivais pas à pleurer, je faisais semblant de sourire, enfin c’était vraiment horrible. Je pense que ça c’est par phase dans la vie et y a des moments où ça va me re-arriver comme à tout le monde, donc je pense que non, on en sort jamais, mais tant mieux parce que si ça me fait écrire des trucs comme Something c’est vraiment bien. Après pour le côté thérapeutique, oui d’une certaine façon, mais je trouve que c’est un mot assez fort, je pense que la musique c’est une bonne manière d’extérioriser des choses qui sont enfouies vraiment à l’intérieur de moi, après je me leurre pas, j’ai bien après avec le temps que ça ne soigne rien du tout, donc ça aide, mais ça ne soigne pas.

 

Plus généralement, quel rôle a la musique selon toi ? Tu en fais pour toi, pour les autres ? Pour passer un message, parce que c’est juste ce que tu aimes faire ?

Alors j’en fais vraiment parce que je pense que j’étais mise au monde pour ça. Je pense que je suis vraiment sur Terre pour chanter, et en plus de ça j’ai vraiment des messages à faire passer, et maintenant je le dis vraiment avec assurance parce que je m’en rends compte quand je rencontre les gens qui viennent aux concerts et qui écoutent ma musique qu’il y a des chansons qui les aident vraiment, et ça pour moi c’est hyper important, et c’est ce qu’il y a de plus gratifiant dans ma vie et ma carrière, c’est vraiment d’entendre les gens me dire “J’ai réussi à passer cette étape grâce à toi et à tes chansons”. Donc je pense que je fais de la musique pour toutes les raisons pour lesquelles on peut faire de la musique.

 

 

 

Julia te suit partout où tu vas, on peut la voir dans tes stories par exemple, dans le TourBus, c’est important pour toi qu’elle soit là pour te soutenir ?

 

Ah oui enfin bon elle me soutient pas des masses, mais c’est mon bébé. Je sais que les gens qui n’ont pas de chien à chaque fois ils me regardent bizarrement quand je dis ça, mais il faut le vivre pour le croire, et surtout avec la race de mon chien, qui est un spitz allemand, c’est un pot-de-colle, et je l’ai eue à trois mois et elle a trois ans maintenant, et c’est vraiment une partie de moi maintenant et ça me fait énormément de mal quand je dois la laisser quelque part, donc c’est vraiment important qu’elle soit avec moi.

 

 

 

Qu’écoutes-tu en ce moment ? As-tu un ou plusieurs artistes à nous conseiller ?

Ecoute, la dernière vague là j’avoue que y a pas grand chose qui m’a vraiment prise d’intérêt…

Peut-être plus ancien ?

Quand j’ai envie d’être chill j’écoute Drake, quand j’ai envie de bader j’écoute Adele, ou moi… Et quand je suis cool, dans un bon mood, franchement bah je vais écouter le dernier album de Bruno Mars, qu’est vraiment funky quoi.

 

C’est rare les gens qui s’écoutent eux-même non ?

Non, c’est juste qu’ils avouent pas ! Mais crois-moi on le fait tous !

 

Et niveau cinéma ? Qu’as-tu vu récemment qui vaille le coup d’après toi ? Attends-tu un film en particulier ?

Écoute, récemment…

Est-ce que t’as le temps d’aller au cinéma déjà ?

Ouais alors non, pas en ce moment, je voulais vraiment voir Black Panther, mais je l’ai pas vu…

Il est très bien.

Il est bien ? Ouais, tout le monde kiffe c’est fou. Eh bah il faudrait que j’y aille… Mais non, pas le temps, pas une seconde. Mais récemment, j’ai rien vu qui m’ait marqué…

 

Une série ?

Ah bah ma série de base c’est Game of Thrones. Les gens ils le savent ils m’ont offert douze mille figurines, c’est genre un truc de fou le bus c’est un bus Game of Thrones quoi, y a que ça dedans ! Ça et Shameless, je sais pas si tu connais. C’est mes deux séries… Et Doctor House. Mais ça, c’est genre depuis hyper longtemps.

 

Forte de ton expérience, que conseillerais-tu aux jeunes artistes qui souhaiteraient pouvoir vivre de leur art, comme c’est ton cas actuellement ?

Blindez-vous. Blindez-vous, fermez vos oreilles, n’écoutez pas tel et tel à droite et à gauche, et faites ce que vous voulez, mais ayez quand-même conscience des choses, c’est-à-dire les points forts et les point faibles quoi. Pour essayer d’améliorer les points faibles, et voilà… Je pense que le plus important dans ce métier c’est d’avoir conscience de soi, de savoir quand on a fait mal, et quand on fait bien aussi, et puis surtout d’être vraiment très très très très blindé parce que ça a vraiment pas l’air, mais c’est compliqué comme métier.

 

Eh bien merci beaucoup Marina.

Merci.

Et bonne soirée à toi.

A toi aussi !

 

 

 

Propos recueillis par Maël Engel & Maxime Maitre 

 

 

 

Toutes les photos : Maxime Maitre