Il y a deux salles de concert à Montbéliard : l’Axone, réservé à Maitre Gims et à Vianney, et l’Atelier des Môles, réservé aux groupes dont tout le monde se fout. C’est une petite salle, tout près du centre-ville, une sorte de petit cube posé entre une ancienne prison et le Leader Price. Les propriétaires font preuve d’un éclectisme exemplaire, on peut y croiser du blues, du metal, du rock, des DJ, etc. J’y ai passé quelques concerts mémorables, dont je retiendrai surtout les anglais de Raven avec Hirax en ouverture, concert à l’ambiance électrique et surexcitée que je ne suis pas près d’oublier. En ce pluvieux 14 mai 2018, l’honneur est au Black Metal avec une affiche pour le moins obèse contenant cinq groupes : Atrexial, Unlight, Streams of Blood, Ragnarok et Marduk. Le premier est un groupe de Black, le deuxième est un groupe de Black, le troisième est un groupe de Black, le quatrième est un groupe de Black et le cinquième est un groupe de Black. Pas beaucoup de variété à l’horizon mais peut-être de bonnes découvertes.

Atrexial: Comme ma mère m’a appris de ne jamais respecter les premières parties de concert, je suis arrivé à trois chansons de la fin du set. Atrexial est un groupe de Black Metal au demeurant traditionnel, BC Rich dans les mains, corpse paint sur les bras, pied gauche sur les retours et croix de fer (ou d’autre chose) au cou. Le genre de groupe idéal pour se mettre jambe avant le début d’un date qui s’annonce sympathique. Ce concert me donne l’occasion de faire une petite sociologie du fan de Black Metal: l’homme blanc entre 25 et 45 ans. Quelques femmes aussi, ça et là, mais seulement aux cheveux teints en noir et en surpoids. Une petite originalité vient cependant insuffler un peu de variété : un bonhomme à la dégaine de fan de Tryo en sarouel avec un T-shirt Sunn O))), avec tête à prendre de la MD à un concert des maîtres du drone. Personne ne sait ce qu’il faisait ici, il a dû se perdre dans les rues sombres de Montbéliard et se retrouver à l’Atelier des Môles dans cette soirée pluvieuse de mai.

Unlight: La musique diffusée entre chaque concert n’a jamais failli me faire sourire pendant la soirée: après la fin de concert Black enragé, les blast beats laissaient place à un Hard-Rock FM d’un kitsch agressif mais fendard. Les photographes ont maintenant commencé à pulluler autour de la scène comme des mouches autour des yeux d’un âne. Cinq ou six insectes en train de voler, l’oeil collé au viseur. Malheureusement pour eux, face à notre photographe maison Maxime Maitre, ils ne valent pas un clou. Unlight joue un style de Black plus efficace que le groupe précédent: plus de breaks et de parties groovy et headbanguantes. La fosse, jusqu’alors clairsemée, s’est remplie d’encore pleins d’autres hommes blancs de 25 à 45 ans jusqu’à remplir quasi-intégralement l’Atelier des Môles.

Streams of Blood: Streams of Blood débarque pour nous jouer du Black Metal. Hé oui, encore et toujours du Black, rien d’autre à l’horizon. L’épaisseur du son et la lourdeur des passages down et mid tempo m’ont fait penser à la machine de guerre Archgoat, qui fait partie des groupes du style que j’affectionne. Au départ, je trouvais le son mauvais, très mal mixé, ressemblant à un mélange entre de la maïzena et de la pisse, mais je me suis rapidement habitué à lui pour ensuite rentrer pleinement dans ce concert et l’apprécier à sa juste valeur. Le show s’est bien déroulé, les passages lourds faisaient bouger des nuques dans la fosse, dont la mienne. Des trois groupes qui ont joué jusque là, c’est celui-ci qui s’est le plus distingué à mes yeux. En plus des qualités musicales, Streams of Blood a trouvé un moyen efficace et original de remédier au problème de différenciation des musiciens. Vu qu’ils ont absolument tous la même dégaine de quarantenaires chevelus et bedonnants maquillés en corpse paint et sapés en cuir, personne n’arrive à différencier les groupes entre eux. Les membres de Streams of Blood ont eu la bonne idée de m’être des cagoules, certainement volées aux racailles de Montbéliard. Comme ça, on peut enfin reconnaître, ou au moins différencier, chaque groupe. Bonne idée.

Ragnarok: Encore une fois, je me suis pointé au concert en touriste absolu, comme le vautour accrédité que je suis. J’ai eu l’agréable surprise de retrouver chez les Norvégiens de Ragnarok une grosse efficacité héritée du rock. Ce que je retiendrai du concert est dans aucun doute ce guitariste, une sorte de grosse boule de bowling surmontée d’une petite boule de bowling, le tout soutenu par deux jarrets bien dodus. Une dégaine toujours droit sortie d’un livre de fantasy et qui se voit de loin, malgré la petite taille du bonhomme : avec 1m10 au compteur, c’est le plus petit musicien de métal au monde ! Ces vieux grigous de la scènes lâchent leurs Black Metal depuis plus de deux décennies avec un savoir-faire indéniable. J’étais surpris de voir mon comparse Maxime, un autre rapace accrédité pour prendre des photos, apprécier tant des groupes dont il ne connaissait absolument pas le style. Il se retournait fréquemment vers moi en hochant la tête d’approbations et entre les concerts, nous discutions de la grande techniques des musiciens et de la richesse musicale du style.

Marduk: Bruits de sirène, lumière rouge, musique inquiétante. Fini de rire ! Marduk est arrivé, chevauchant son Panzer, mitraillette à la main, prêt à dégoupiller ses grenades d’un coup de dents. D’après les T-shirts, je me suis aperçu sans grande surprise que tout le monde est venu pour Marduk, les Suédois passant à Montbeliard, leur unique date en France, à l’occasion de la sortie de leur nouvel opus Viktoria. Là, on est sur du super classique, Marduk ayant dans sa besace des classique de metal noir qui on fait baver des générations entières de rockers en mal de sensations fortes. Citons pèle-mêle Panzer Divison Marduk, Dark Endless, Those of the Unlight, Opus Nocturne, Nightwing,etc. Comme l’auteur homo Jean Genet en son temps, ils éprouvent eux aussi de l’excitation sexuelle en voyant les uniformes vert de gris des Waffen SS ou des Sturm Abteilung. Si le sujet vous intéresse, lisez le sulfureux et homo-érotique Pompe Funebres dudit Jean Genet. Le Reich Millénaire est leur sujet de prédilection, duquel ils tirent plus ou moins la moitié de leurs paroles. Bref, revenons au concert. Les vétérans suédois ont attaqué le concert avec les deux premiers morceaux de leur classique Panzer Division Marduk et ont conquis l’ambiance de la salle aussi vite que l’Allemagne a conquis la Pologne. Un show furieux, les musiciens alternant les morceaux les plus efficaces de leurs derniers albums avec leur pistes cultes tirées des albums des années 90 pour un résultat au paroxysme de l’efficacité.
Petite ombre au tableau, pas à cause du groupe mais du public : le con de métalleux de base. La fosse contenait quatre attardés totalement imbibés, incapables d’aligner quatre mots et qui ne devaient à eux tous pas contenir les 46 chromosomes requis pour former un être humain convenable. Le genre de singe à pogoter alors que personne n’en a envie, accompagné par sa guenon qui n’arrêtait pas de faire tomber et de ramasser ses bouchons d’oreille sur le sol souillé par la bière, bière qu’ils se chargeaient eux-mêmes de renverser sur le sol. Je les voyais débouler toutes les cinq minutes avec un demi fraîchement tiré qui finissait immanquablement sur le sol de la salle. Ils se sont vite fait rappeler à l’ordre par les petits kapo de la fosse mais qui n’ont malheureusment pas réussi à calmer leurs comportements simiesques. Petite dédicace à un homme d’environ 25 ans, cheveux court et avec une petite barbichette, tombé en état de dépression à cause des quartes idiots du pit, et dont je voyais les regards désespérés en direction des énergumènes. Le métalleux de base dans toute sa splendeur…

 

Comme j’ai souvent la sensation dans les concerts de Metal, le trop grand nombre de groupes dilue mon attention et mon énergie. Cinq groupes, c’est largement trop pour un concert, en tout cas à mes yeux. Je ne dis pas ça parce que je n’ai pas apprécié les formations qui ont joué devant moi, mais simplement pour mettre en avant mon ressenti par rapport à cette affiche bien trop garnie. Trois groupes me paraîtrait plus optimale. Plus, l’intéret s’émousse et on finit par ne plus apprécier la musique, seulement à l’entendre.

 

Ce fût une date agréable et je félicite l’assocation La Horde Séquane et Garmonbozia pour l’avoir organisé dans mon fief de Montbéliard. J’en profite pour signaler qu’ils organisent aussi le Forest Fest à Chevenez en Suisse le 13 et 14 juillet. Vous n’aurez malheureusement pas la chance de m’y croiser, j’ai autre chose à foutre, mais vous pourrez cependant voir Aura Noir sur scène ce qui est un privilège preque égal à celui de me voir.

Article Marius chevalier (repost du 16 mai 2018)