Un an et demi après FLIP, un premier album fracassant, Lomepal nous dévoile Jeannine, son nouveau bijou, son deuxième enfant. Composé de pas moins de 17 morceaux, dont 4 featuring, respectivement avec JeanJass, Roméo Elvis, Orelsan et Katerine, cet album, sorti le 7 décembre, explose les dernières barrières, présente jusqu’alors chez Lomepal, entre le rap et la chanson. L’artiste se retrouve encore une fois accompagné de ses fidèles acolytes musicaux, tant pour les prods que pour ses collaborations avec d’autres rappeurs. On peut ainsi retrouver VM The Don, Stwo ou encore Superpoze, avec qui Lomepal collabore depuis de nombreuses années déjà. Présent depuis FLIP, et devenu presque essentiel aux compositions du jeune artiste, Pierrick Devin, compositeur et également son guitariste lors des sessions acoustiques, est de nouveau à ses côtés. Une nouvelle collaboration fait son apparition, sur trois morceaux : le désormais bien connu Vladimir Cauchemar. Toujours bien entouré, c’est encore une fois Samuel Lamidey qui réalise la pochette de l’album : contrairement à la pochette de FLIP, où on y découvrait Lomepal travestit, celle de Jeannine reste sobre, un bleu apaisant qui emplit la majorité de l’espace, l’artiste qui passe en arrière-plan et attire le regard sur ces deux yeux placés en plein milieu de cette pochette d’un nouveau genre.

Jeannine, un choix étonnant pour un titre d’album. Néanmoins, Lomepal explique qu’il souhaitait rendre hommage à sa grand-mère décédée depuis de nombreuses années. L’artiste utilise ainsi, comme un genre de fil rouge, la folie de cette dernière tout au long de l’album. De nouvelles sonorités, déjà mises en place avec son premier album, Lomepal se dévoile comme chanteur plus que rappeur sur ce projet. On a l’occasion d’entendre des bribes d’entretien avec Pascale Valentinelli, artiste peintre et mère de l’artiste. Ce dernier a enregistré un entretien de plus de deux heures durant lesquelles sa mère raconte des histoires de familles déjà bien connues d’Antoine, de son vrai nom. Cependant, seules quelques minutes, clairs et concises, de cet entretien, apparaissent sur l’album.

Tout au long du projet, Lomepal évoque des thèmes qu’on lui connaît déjà bien comme la solitude, l’amour ou les ruptures mais aussi la gloire et les excès. Des thèmes de plus en plus personnels, évoqués avec plus de détails, d’émotions aussi. Allant de son probable syndrome de Peter Pan évoqué dans Mômes, à sa famille déchirée dans Beau la folie, l’artiste entraîne un peu plus ses auditeurs dans une dimension nouvelle, qui n’est autre que la sienne.

« T’es différent des autres, on en a rien à foutre, alors tu te sens seul »

La solitude et la différence sont des sujets récurrents chez l’artiste. La solitude n’est pas toujours totalement négative, elle lui permet au contraire de se concentrer encore plus sur lui, ses désirs et ses envies. Lomepal clame depuis toujours qu’il souhaite vivre comme il l’entend, sans personne pour le diriger, avec le morceau Mômes. Deuxième track sur l’album, le titre, fait d’abord référence à l’enfant qu’il est, dont il parlait déjà dans le morceau Pommade. Cependant, on peut aussi penser à la marque de skateboard Mômes, et serait ainsi une nouvelle référence à sa première passion, évoqué dans Bryan Herman sur son premier l’abum : le skateboard.

« Môme jusqu’à la mort, y a aucun remède »

Très porté sur ses émotions, Lomepal évoque de nombreux sentiments qui le torturent la plupart du temps. On lui connaît un aspect colérique, avec une tendance à cogner dans des murs (ou dans des portes, comme il le dit sur le remix de 3WW du grouple anglais Alt-J), bien qu’il finisse toujours par se rendre que ce n’est pas ce qui l’aidera à aller mieux. Bien souvent se mêle également la tristesse, qui l’envahit, le dévore, et le pousse à se noyer dans l’alcool ou les relations sans lendemain. Les larmes rejoignaient toujours la partie, mais après tant d’années à les laisser aller, Lomepal nous notifie qu’il n’a « plus de larmes dans le corps ».

« J’me détruis, je sais même plus si c’est mal »

Une volonté de destruction presque omniprésente, la mort est très souvent abordée dans ses textes. Il lui arrive d’envisager le suicide comme une solution, comme la seule chose qui peut le sauver de ce monde. Cette idée se retrouve parfois dans ces clips, notamment celui de 1000°C (réalisé par Adrien Lagier et Ousman Ly) ou encore dans celui de Avion Malaisien, où l’on peut voir l’artiste sombrer au fond de l’eau, sans se débattre.

« Parfois j’ai peur de vouloir rejoindre le club des 27 »

D’abord connu comme rappeur, Lomepal exprime de plus en plus sa volonté de chanter, et le fait bien comprendre dans Jeannine. Maîtrisant étonnamment bien sa voix, il se permet ainsi de repousser ses limites, comme on peut l’entendre dans Trop beau, un morceau déchirant, tant par le thème que par la performance ,à coupé le souffle.

« Garde le sourire plus rien est grave, tant qu’il nous reste une seconde de souvenir dans le crâne »

A la différence FLIP, ce n’est pas une mais deux interludes que l’on peut retrouver au cours de l’écoute. Les deux reprennent le même début de nom, « skit », qui signifie sketch en anglais. Le premier est donc Skit Roman, huitième track, où on entend Roman Frayssinet, humoriste, expliquer qu’il est essentiel d’être honnête sur le travail des autres, et surtout celui de ses amis. Cette interlude introduit le morceau en featuring avec Orelsan, La vérité, qui reprend le thème du sketch. La seconde interlude se prénomme Skit Mamaz : cette fois, c’est la mère de Lomepal que l’on entend. Elle raconte, avec un vent de nostalgie, des anecdotes passées sur sa mère disparue.

« Tous les fous ne sont pas obligés d’être dans un hôpital »

La folie, sujet bien présent, est évoquée presque à chaque morceau, mais de manière totalement différente. Ainsi, dans le titre Beau la folie, il évoque une pathologie, celle de sa grand-mère, celle de sa famille, et la prend presque comme une identité. La folie apparaît alors comme une nouvelle forme de liberté ou comme une fille, dont Lomepal tombe amoureux. Dans Ne me ramène pas, premier morceau, l’artiste explique clairement qu’il refuse qu’on le ramène dans le réel, qu’il a trouvé sa place dans la folie, dans la sienne. Autre forme de folie : l’amour. L’amour, un sujet récurrent chez Lomepal, mais rarement un sujet heureux, semblent clairement être une forme de folie que l’artiste a, semble-t-il, bien trop côtoyé. Les femmes et les plaisirs qu’elles engendrent semble clairement le toucher, au point qu’il s’en sente devenir fou. Cependant, le rappeur n’attache pas pour autant un aspect négatif à ce qu’on pourrait qualifier de syndrome, mais il le considère plutôt comme un don, une sorte de génie maquillé en maladie incomprise.

« Quelqu’un qui accepte la folie de quelqu’un, est nécessairement fou. C’est étrange cette société, hein ? »

Malgré de nombreux morceaux doux et mélodieux, l’artiste place tout de même quelques morceaux parfait pour des pogos, comme Ma Cousin, au début duquel un homme parle en arabe et présente rapidement le morceau. Cependant, il annonce ce titre comme étant le numéros 14, or il s’avère être le quinzième, une erreur plutôt intrigante mais qui restera certainement un mystère.

« Tu supportes pas ma gueule c’est parfait, j’ferai en sorte que tu la vois partout»

En 2014, sur le morceau Chute Libre, Lomepal était très clairs sur sa volonté de réussir, bien qu’il en était encore loin. Sa « rage de vaincre » lui a finalement permis d’accéder à ses rêves après de nombreuses années passées dans l’ombre. Sur Evidemment, il se rappel de ses 19 ans, et semble se rend compte de tout le chemin parcouru depuis.

« J’adore ce jeu pourvu que ça continu »

L’album se termine sur une note de folie, encore, avec le très excentrique Philippe Katerine. Cinq doigts, un morceau qui est comme une sorte d’hymne hilarante à l’amour et l’amitié. Katerine évoque le doigt préférée de Lomepal, le troisième doigt, celui qu’il utilise pour faire travailler les abdos de ses mains, vous vous rappelez ?

« Et le majeur, c’est moi ! »

Un second album qui amène un peu plus l’artiste dans la variété française, tout en préservant « sa source », qui n’est autre que le rap. Une fin d’année 2018 qui se termine en beauté, avec cet album très attendus de tous pour clôturer l’une des années les plus fournie en projets et albums de rap français !

« J’ai la rage de vaincre, la rage d’être le meilleur sur la page de fin »

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