On y est, le troisième album solo de Nekfeu est enfin là. Depuis la sortie de Cyborg en 2016 on avait eu droit en attendant à un album de son groupe le $-Crew, intitulé Destins Liés, et à quelques apparitions sur les projets d’OrelSan et Jazzy Bazz. Mais à part ça, le Fennec semblait bien enfoui dans son terrier. On avait pu le découvrir en tant qu’acteur dans Tout nous sépare avec Catherine Deneuve, et c’est presque logiquement au cinéma qu’il décide de porter son nouveau projet, basiquement un album accompagné d’un long documentaire sur sa réalisation.

© Seine Zoo Records (2019)

            Et qu’est-ce que ça vaut alors Les Étoiles Vagabondes comme film ? Eh bien c’est vachement cool. Le film est très frais. Comme je viens de le dire, il prend la forme d’un documentaire narré par le rappeur, suivant la réalisation de l’album, en commençant chronologiquement je dirais à la mi-2017, pour finir au Lollapalooza en 2018 à Paris, où il avait fait une belle prestation à laquelle on avait pu assister (avant qu’il se fasse interrompre par The Killers). Il y a d’ailleurs tourné le dernier plan du film. C’est donc pendant une durée approximative d’un an que l’on suit les aventures de Nekfeu et de son équipe. Enfin, je devrais dire plutôt celles de Ken Samaras, car le rappeur se dévoile tellement dans ce film qu’il se démystifie d’une certaine manière, et il nous apparaît ici comme il est réellement, un homme lambda, certes séparé du reste du monde par le succès, mais profondément humain tout de même. On peut le voir rire aux éclats avec ses potes, il nous avoue avoir pleuré dans les bras de son grand ami Doums, et on constate aussi que comme beaucoup d’entre nous il procrastine et se lève parfois sans avoir vu le Soleil matinal. Bref, il est comme tout le monde Ken.

          Il y a des passages assez drôles dans le film, je pense notamment à quand Doums se fait marcher dessus pendant qu’il dort, et que cela n’a pas l’air de le déranger puisqu’il nous fait un petit clin d’oeil en fumant son petit joint du matin. Ou encore quand les ingénieurs du son du rappeur essaient d’insonoriser une armoire dans une maison à Tokyo qu’ils ont loué pour qu’ils puissent y enregistrer les textes, une séquence assez marrante à voir tellement ils ont l’air de galérer. Autre remarque que j’ai à faire, Nekfeu est le troisième rappeur à nous présenter sa grand-mère, après OrelSan et Lomepal. En effet on la voit brièvement au début du film, lors d’un voyage en Grèce. Elle avait l’air sympathique, après, aucune idée de si elle s’appelle aussi Jeannine, mais probablement pas, vu qu’elle est grecque.

          On apprend aussi que Nekfeu parle apparemment très bien japonais, puisque pendant une dizaine de minutes, alors qu’il passe deux mois au Japon avec le reste de son équipe pour trouver l’inspiration, on le voit dans un temple ancien en compagnie d’un vieil homme japonais, et ils ont l’air de se comprendre tout à fait. Ce qui n’est pas notre cas car les sous-titres sont inexistants. Ce qui est un peu dommage d’ailleurs, mais bon. Pareil pour quand il se rend en Grèce, certains passages sont incompréhensibles pour les non-initiés. Et ceux qui ne parlent pas anglais n’ont sans doute pas compris non plus les passages à Los Angeles et à la Nouvelle-Orléans.

          Tous ces voyages donnent en tout cas une couleur très intéressante à l’album je trouve, une sorte de melting-pot de musiques du monde, du jazz américain en passant par des musiques traditionnelles nippones et grecques. Sinon, musicalement je trouve l’album très bon, on voit qu’il est très travaillé et qu’ils ont pris le temps de faire les choses bien. Mon son préféré de l’album est le featuring avec le bruxellois Damso, intitulé Tricheur. C’est un excellent banger, et le texte de chacun est très efficace. La collaboration avec Vanessa Paradis, véritable surprise étant donné que personne ne l’a vue venir, est très jolie à l’écoute. On notera aussi la présence de Nemir, Alpha Wann, Crystal Kay, et Niska, bien qu’il ne soit pas identifié, sur le morceau Voyage léger.

          Pour conclure, Nekfeu ne déçoit pas, il nous offre un projet complet à deux facettes, même si seulement une partie de son public est en mesure de profiter des deux, d’une qualité impeccable, et il s’annonce, je suis sûr, comme un futur classique.

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Par Marcelo Engelo