Bien le bonjour !

 

        En vertu de la sortie toute récente de Disizilla, que je ne peux que vous conseiller, j’ai eu envie de vous parler un peu de l’album précédent de ce très cher Capitaine Trois Rivières, j’ai nommé Disiz la Peste. Vous l’aurez (peut-être) compris, je vais vous parler de mes morceaux préférés de son album Pacifique, sorti en 2017. Bien sûr, j’avais déjà entendu parler de Disiz avant, mais je n’avais jamais vraiment prêté d’oreille à son oeuvre. Tout ce qu’il y avait sur mon mp3 c’était Les Bienveillants, Vide, et son duo avec OrelSan : Go Go Gadget. Et puis un jour, au détour d’une allée du rayon CD de la FNAC, je suis tombé sur Pacifique. Et allez savoir pourquoi, je l’ai acheté. Et je l’ai ensuite saigné à blanc au moins quinze fois d’affilée dans ma voiture. Vous connaissez ce sentiment quand vous découvrez quelque chose de génial en étant en retard sur tout le monde ? Eh bah voilà vous voyez l’état dans lequel je me trouvais. Bref, un concert au Moulin de Brainans plus tard, Disiz était déjà largement dans mon top 5 de mes artistes français préférés. Mais bref, je raconte trop ma vie, passons à l’album.

© Polydor (2017)

          J’ai choisi de commencer par un morceau plutôt dynamique : Autre espèce. Le beat est excellent, d’abord lent, puis enjoué, juste le temps de pouvoir savourer une instrumentale fichtrement bien produite. Ensuite, les thèmes abordés sont puissants. Dans ce texte, Disiz nous parle de son sentiment de rejet de l’espèce humaine. Quand il voit toutes les choses horribles dont elle est responsable, il n’a pas envie qu’on l’associe à cela, et on le comprend. Il annonce ainsi (métaphoriquement bien sûr) être un extra-terrestre, se lâche et se désolidarise des torts des humains. En plus de nous faire voyager avec une chanson déjà fortement planante, il nous fait en plus nous remettre en question, et il le fait de manière excellente. En somme, ce morceau c’est de la bombe.

 

          Ensuite, penchons-nous sur le morceau d’introduction (oui, je ne fais pas les choses dans l’ordre, et alors, vous êtes pas ma mère) : Radeau. Que dire d’autre déjà si ce n’est qu’il installe une ambiance. Langoureuse, posée, pensive, contemplative… Les adjectifs possibles sont divers et variés. Pour donner un aspect imagé à cette atmosphère créée : imaginez être assis au bord de la plage à l’aurore. Du coup ça colle bien avec le titre de l’album. Et on retrouve cette ambiance sur quasiment tout le disque. C’est un don que Disiz a, dans l’écriture comme dans les arrangements, il sait tenir une ligne directrice sur un projet. Musicalement, quoi qu’on puisse penser du vocoder (à différencier de l’autotune), Disiz en fait dans ce morceau un usage approprié je trouve. Tout d’abord, il n’est pas présent que pendant la première partie, et puis il contribue à cette atmosphère d’évasion, avec ce son de voix presque venue d’ailleurs… Et le thème abordé est intéressant, la flemme, l’anxiété sociale, la procrastination, et les méfaits de la société et des réseaux sociaux… Une excellente entrée en matière.

          Le morceau suivant a longtemps été mon préféré de l’album avant qu’un autre (le dernier dont je vous parlerais) prenne sa place après que j’y ai prêté plus d’attention : La Fille de la piscine. J’aime cette chanson pour diverses raisons. Mais il faut bien commencer quelque part, donc en premier, j’aime beaucoup sa musicalité. La production est belle, la voix de Disiz est belle, sans artifices cette fois-ci, pour pouvoir appuyer son propos de manière plus fluide sans doute. Pour ce qui est du thème de cette chanson, j’en ai connu des filles de la piscine, alors je pense pouvoir dire que ça me touche personnellement assez fortement. Les occasions manquées, on en a tous connues, et il le raconte d’une manière plutôt jolie, donc cela a tout pour plaire (pour moi en tout cas). Et puis ce morceau me replonge dans mon adolescence, et ça fait jamais de mal. Un bijou.

 

          Alain Souchon est un artiste que Disiz apprécie (et moi aussi, ça nous fait au moins un point commun), et il le montre en ré-interprétant à sa sauce Quand je serais KO, ce qui donne le sublime Quand je serais chaos. Le morceau bouge bien, mais il fait réfléchir. Ici, le rappeur nous parle de la vieillesse, et de sa propre décrépitude à venir. L’époque où il ne vaudra plus rien artistiquement et où il ne vendra plus de disques. Tout comme dans la version d’origine de Souchon, il décrit ainsi le côté éphémère des hommes, et c’est très poétique, très réussi, très actuel. Je ne saurais que dire de plus, les mots doivent laisser place à la musique avec un morceau comme celui-ci…

          Nous y sommes. Mon morceau préféré de l’album : Qu’ils ont de la chance. Je crois bien que j’avais fait l’impasse émotionnelle sur cette chanson dans mes premières écoutes (comme Loïc t’as vu), et ma favorite, comme je l’ai dis plus haut, était La Fille de la piscine, mais il y a des moments où on se remet à écouter plus attentivement certains morceaux, et celui-ci a peut-être bien fini par me faire avoir les larmes aux yeux, et la boule au ventre. Dans le bon sens du terme j’entends. Ce que Disiz a écrit ici, c’est une oeuvre d’art en bonne et due forme. Une ode à ces gens que l’on perd et qui nous manquent, et qu’il ne faut pas pleurer comme il dit, mais célébrer, car après tout, ils sont sans doute mieux là où ils sont. Tout contribue à la beauté de cette chanson, la production mélancolique, le flow solennel, l’émotion dans la voix. On sent qu’il pense chaque mot, qu’il nous le présente avec ses tripes, et que c’est un morceau important pour lui. Pour l’avoir vu en concert, le passage de cette chanson, qu’il chante tout simplement, assis à nous regarder dans l’âme, est je crois le plus émouvant de tout le spectacle. C’est l’un des meilleurs morceaux de Disiz, tout simplement.

 

          Vous vous doutez bien que je conclus ce Disquaire en vous conseillant d’écouter cet album, et d’écouter en général toute la discographie de l’enfant d’Evry. Il est franchement l’un des artistes incontournables de ces vingt dernières années, ne passez pas à côté…

 

          On se retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, qui sait, peut-être que je vous ferais découvrir quelque chose !