Bien le bonjour !

 

          Pour finir cette seconde “saison” de Disquaires, j’avais envie de parler d’un monstre sacré. Tout simplement l’un des groupes de rap les plus populaires de tous les temps… IAM ! Et pour parler d’eux, quoi de mieux que leur album le plus connu, vous aurez probablement deviné lequel, je parle bien évidemment de L’École du micro d’argent.

          Quelques mots sur IAM tout d’abord, même si tout le monde en a au moins entendu parler une fois dans sa vie. Le groupe existe depuis 1989, et ses membres sont les deux plus connus Akhenaton et Shurik’N (qui est d’ailleurs le frère de Faf Larage si vous ne le saviez pas, on en apprend tous les jours grâce à QuipoQuiz), accompagnés de Kheops et Imhotep, et Kephren aux platines. Autrefois il y avait également Freeman, mais celui-ci est parti du groupe en 2008. Depuis, ils tournent à cinq. Ils ont sorti huit albums, certains avec plus de succès que d’autres, mais ils sont aujourd’hui clairement établis comme faisant partie de la légende du rap, et plus largement, de la musique française. Leur deux plus gros succès sont Ombre est lumière (leur deuxième album) sorti en 1993, et L’École du micro d’argent (le troisième) sorti en 1997, mais pour ce Disquaire je ne m’intéresserai qu’à L’École du micro d’argent.

© EMI, Delabel, Virgin (1997)

 

          On commence tout de suite avec Un bon son brut pour les truands. Mais quelle instru. J’ai envie de bouger la tête comme un marteau-piqueur rien qu’en entendant les boom-bap, mais le reste des instruments renforcent cet aspect dur et très rythmé qui rend ce morceau si dynamique. Le sample de Passacaglia de Yussef Lateef est puissant, est très très bien utilisé, il donne véritablement son âme au morceau. Et que dire du flow des rappeurs dessus, Shurik’N est parfait pour commencer, il te met direct dedans, il est sec, efficace, presque agressif, t’aurais presque l’impression qu’il est à deux centimètres de ton nez en train de rapper. Freeman a d’excellentes punchlines et fait une très bonne suite à son compère, aussi dynamique et en mode attaque que lui. AKH arrive ensuite et joue avec le beat comme Forrest Gump au ping-pong : il défonce tout. Mais comme toujours avec lui j’ai l’impression… Un classique.

          On rentre dans le story-telling avec Elle donne son corps avant son nom. Le groupe parle ici de leur rencontre fortuite avec une cagole marseillaise, qui se révèle au final être travailleuse du sexe. En dehors de l’histoire que raconte la chanson, la musique est très jolie. Elle est construite autour d’un sample de la chanson I Hate I Walked Away de Syl Johnson, évidemment réarrangé et augmenté de percussions qui rendent le tout très mélodieux et idéal pour raconter leur charmante petite histoire de proxénétisme. Le dialogue est vraiment plus présent dans ce morceau que dans le précédent, car au lieu de faire un couplet à la suite de l’autre, il nous montre plutôt une histoire que quatre personnes chercheraient à nous raconter en même temps, comme quand tu demandes à tes potes comment la soirée de la veille s’est passée, toi qui n’a pas pu venir car tu regardais Camping Paradis (je ne juge pas votre sens des priorités, promis). Et je trouve cette façon de faire assez cool et novatrice. Un joli morceau.

 

          Nous sommes ici face à un petit monument, j’ai nommé Nés sous la même étoile. Le sample est cette fois-ci tiré du film Murder In The First (avec Kevin Bacon et Gary Oldman notamment), un air composé par Christopher Young. Cela donne au morceau un aspect mélancolique, ce qui est idéal étant donné le thème du morceau : l’inégalité sociale. En effet Shurik’N commence en comparant les gosses de riches avec lui petit, qui n’a pas eu cette même chance, ou comme il le dit très bien lui-même : “Certains naissent dans les choux, d’autres dans la merde”. Le second couplet est animé par Akhenaton, et il fait le même constat, même si au fond il a l’impression que personne n’en a rien à faire, d’où la fin de son couplet, qui dit : “J’exprime mon avis, même si tout le monde s’en fiche, je ne serais pas comme ça si j’avais vu la vie riche”. Un morceau très profond, qu’il faut écouter et réécouter, et qui fait énormément relativiser.

          Ensuite nous avons Petit frère, un vrai tube si on peut dire ça comme ça, puisque c’est encore aujourd’hui un de leurs morceaux les plus populaires. Ce morceau, qui sample C.R.E.A.M. du Wu-Tang Clan, me fait énormément penser à La Haine de Mathieu Kassovitz et à American History X de Tony Kaye, dans le thème de la transmission des défauts des aînés à leurs cadets. Ce genre de défauts qui font des jeunes des voyous, des délinquants, bref, des gens perdus. Et dont les moins jeunes font preuve devant eux, les incitant à les reproduire, ce qui ne finit pas forcément bien, comme nous le savons tous. Il met dans une ambiance grave ce morceau, et on ressort pas indemne. Un véritable bijou. Que dis-je, un diamant du rap français.

          Enfin, on finit avec mon préféré du disque, L’Empire du Côté Obscur. Niveau samples, on a droit à des livres en format audio, ce qui est peu commun il faut bien l’avouer. En l’occurrence, Le Retour du Jedi (1983) et Vingt Mille Lieues Sous les Mers (1954). Des répliques ponctuent ainsi le morceau, surtout entre les couplets, et lui donnent un aspect quasi-mystique, que je n’ai jamais retrouvé dans aucune autre chanson à ma connaissance. Le flow est violent, agressif, comme si Dark Vador fondait sur nous avec son sabre laser, et que nous n’aurions rien pour nous défendre. Au fond, la phrase d’intro résume très bien ce morceau, c’est une musique qui nous paraît irréelle. C’est mon préféré de l’album, mais aussi mon préféré du groupe, et je le recommanderai toute ma vie sans doute.

          Je ne vous retrouve pas dans deux semaines, car ce Disquaire était le dernier ! Une envie simple de passer à autre chose, rien de bien grave, mais je compte sur vous pour rester curieux, de la musique il y en a tellement, on ne peut que s’y intéresser, il suffit de tendre l’oreille, et le cerveau…