Bien le bonjour !

 

        Pour ce deuxième Disquaire, l’envie m’a pris de vous parler d’un gentil poète de la rue, d’un véritable psychologue de la rime, j’ai dénommé le grand MC Solaar.

        Il a récemment fait son grand retour, après dix ans d’Enfoironnades, en sortant le plutôt bon album Géopoétique, mais ce n’est pas le sujet de cette chronique (bah oui, j’avais prévenu qu’on ne parlerait pas des derniers albums en date, et j’aime faire ce que je dis). On va plutôt se pencher sur son album Cinquième As !

© Sentinel Ouest / East West France / Warner Music (2001)

 

        J’ai un rapport particulier avec Claude, car il est l’un des premiers rappeurs que j’ai écouté. En effet, quand je l’ai découvert en 6ème en cours de musique (on bossait sur Caroline à cette époque-là), ma culture musicale se limitait aux Beatles et aux chansons d’High School Musical (oui j’assume, ne me jugez pas). Et ma très chère professeure m’a ainsi permis de remplir mon fidèle lecteur MP4 de l’époque d’autre chose qu’un Zac Efron transpirant.

        Et donc après avoir découvert Caroline, je piquais les disques de ma mère, et les écoutait tous. Et Cinquième As, sorti en 2001, fut un pavé dans la mare de mon plaisir auditif.

        Solaar a pris l’habitude de commencer ses albums par un morceau d’intro, qu’il titre toujours d’un jeu de mot, ici Introdiction. Et que dire sinon que cela met tout de suite dans l’ambiance ? Ce morceau est trop court et “pas vraiment” écrit, donc je ne m’attarderais pas dessus, mais je tenais à vous le faire écouter.

        Attaquons maintenant réellement le disque : Solaar pleure. Ce morceau est un très bon exemple de la musicalité de l’artiste. L’instru est déjà magnifique en elle-même, un mélange de sons artificiels et de véritables instruments, tels que des violons ou des chœurs, on pourrait l’écouter sans les paroles, ça rendrait tout aussi bien. Mais pourquoi ferait-on cela quand on a des paroles telles que les siennes ? Claude a une plume si particulière, accordant énormément d’importance aux différentes figures de style, à croire qu’il écrit avec une main sur le cahier et l’autre tenant un Larousse de quinze kilos (et apparemment je ne suis pas très loin de la vérité). Après, d’autres ont essayé, ou essaient, de faire comme lui, mais jusque-là il est resté maître dans l’art d’écrire avec un vocabulaire compliqué tout en ne rendant pas son message incompréhensible.

 

        Lève toi et rap, avec sa basse et son sample de rap US, donne envie de sautiller. Bien que sorti en 2001, ce morceau aurait facilement pu être interprété dix ans plus tôt, tellement il fait Old School. Je trouve d’ailleurs qu’il rappelle quelque peu Bouge de là, la chanson qui le révéla au reste du monde en 1990. Et moi j’aime bien écouter Nostalgie, donc ça me va.

 

        S’ensuit Les Colonies, chanson qui prouve qu’il est possible de bouger la tête sur un morceau qui parle de l’esclavage et la colonisation. L’instrumentale est plutôt minimaliste je trouve, une boîte à rythmes, un piano, une voix féminine. Mais elle colle parfaitement à la chanson, et permet de se concentrer sur son message, qu’il est ici plutôt important d’écouter.

 

        Arrive maintenant le premier morceau de rap français qui contient aussi de l’espagnol, j’ai nommé Hasta La Vista ! Ce morceau a un groove de fou, la musique latino est si bien émulée qu’on oublie que Claude MC vient du Sénégal et pas de la Sierra Madre. Des morceaux comme celui-ci donnent toujours une touche particulière aux albums d’où ils proviennent. Et ça ne loupe pas, car les gens ont très bien retenu ce morceau, l’un des meilleurs du rappeur, tous albums confondus.

 

        Et enfin, j’ai envie d’évoquer mon préféré de cet album, que dis-je, son zénith : RMI.                                     Tout dans ce titre me plaît. L’instru est iconique pour commencer, tu entends la première note, tu sais déjà de quoi il s’agit. Ensuite, le texte démarre, ou plutôt te prend aux tripes, il t’attaque, pour te faire comprendre qu’il faut que tu te concentres sur ce qu’il veut te dire. C’est encore aujourd’hui le morceau le plus chargé politiquement de Solaar, bien que ça reste mon opinion personnel.

        Mon seul regret en rapport à ce morceau ? Qu’il n’existe pas en karaoké. Et je suis sérieux, mettez plus de rap les chaînes de karaoké, l’équilibre de mon monde en dépend…

 

        Pour conclure sur Cinquième As, c’est un disque que je vous conseille mille fois. Chaque nouvelle écoute vous dévoile un nouvel aspect du génie d’MC Solaar, et il a maintes fois prouvé qu’il méritait toute notre attention. Et ce n’est pas pour rien s’il est immensément respecté dans le rap game actuel. Penchez-vous également sur ses autres albums, il y a toujours quelque chose à découvrir chez lui, je vous le garantis !

 

 

        On se retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, qui sait, peut-être que je vous ferais découvrir quelque chose !