Bien le bonjour !

 

          J’ignore pourquoi j’ai attendu aussi longtemps avant de vous parler de Serge Gainsbourg, car il fait partie de mon top 5 d’artistes français préférés, tous styles confondus. Sans doute que j’avais envie de le garder au chaud pour plus tard, comme quand tu manges et que tu laisses de côté ce que tu préfères pour pouvoir le savourer en dernier. Gainsbourg, tout aficionado de musique qui se respecte le connaît, donc je ne sais pas si c’est vraiment utile de le présenter, mais je vais quand-même le faire pour les deux du fond qui ne suivent pas. Son vrai nom est Lucien Ginsburg, il descend d’une famille de russes ayant émigré à Paris, dont son père qui était pianiste de bar et qui lui apprit les rudiments de ce bel instrument de musique. Mais le petit Lulu ne voulait pas faire de musique plus que ça, et il accordait plutôt son temps à la peinture. Passion qu’il exerça jusqu’à l’âge adulte, jusqu’à ce qu’il commence à signer des chansons pour joindre les deux bouts, ce qui l’amènera au succès, avec des titres comme La Javanaise, écrite pour Juliette Greco, ou Le Poinçonneur des Lilas pour Les Frères Jacques. Le reste de l’histoire on la connaît, et si vous voulez plus de détails, je ne peux que vous conseiller de regarder le film Gainsbourg (Vie héroïque) de Joann Sfar, qui est d’après moi excellent.

          Et donc pour ce dix-septième Disquaire, j’ai choisi de vous parler de son album-concept Histoire de Melody Nelson, sorti en 1971.

© Philips (1971)

 

          Il n’y a que sept morceaux dans ce disque, mais il faut bien en choisir cinq. Et on commence donc avec La Ballade de Melody Nelson. Ce morceau est je trouve un excellent résumé de l’album. Textuellement déjà, il narre l’histoire de Melody, cette adorable garçonne dont l’album entier retrace la relation (fictive) avec Serge. Et musicalement, on y trouve tout ce qui fait l’identité de l’album, à savoir une basse proéminente, quasiment en instrument principal, et des cordes frottées tirant sur l’aigu faisant de jolies mélodies (t’as vu ce jeu de mot, il est pas piqué des hannetons). Et le tout saupoudré de la douce voix de basse de notre Gainsbarre préféré. C’est simple, j’aime ce morceau, comme Gérard Depardieu aime manger, donc je te laisse faire le calcul.

 

          Ah ! Melody est un peu plus douce. Déjà on remarque la présence d’une guitare folk comme instrument de première ligne, ce qui détonne du reste de l’album. Et le ton de Serge se veut plus doux. Quand je l’écoute je l’imagine très bien en train de chantonner ça, allongé à côté d’elle sur un lit, lui caressant la joue ou une mèche de cheveux. C’est ça que c’est, une petite chanson de drague. Peut-être est-elle aussi courte car Melody l’interrompt d’un baiser ? Pourquoi pas me direz-vous.

          Le morceau suivant est culte, et oh tiens c’est drôle, il s’intitule Cargo Culte. Il raconte l’envie du narrateur de retrouver Melody, après que celle-ci ait péri dans un crash d’avion. Et il la cherche donc dans un cargo, et l’aura mystique de sa chérie y résidant, il lui voue un culte, d’où le titre du morceau. Musicalement, voici un autre morceau où la basse défonce tout. Elle remplit parfaitement son rôle de soutien à la voix de Serge, et derrière on peut entendre un choeur, comme à l’église, évoquant des voix venues des cieux, sans doute pour évoquer la mort de la pauvre jeune femme. Un excellent morceau.

 

           Intéressons-nous à la Valse de Melody maintenant. Il s’agit je crois du seul morceau de l’album où la basse est absente. Ou en tout cas si elle est là, je ne l’entends pas. Non ici c’est plutôt les cordes frottées qui dominent. Le terme valse est très approprié, déjà parce que la mesure est à trois temps, comme toute valse qui se respecte, et puis car cela donne envie de danser avec la personne qui fait palpiter votre palpitant tout simplement. Ou avec votre grand-mère, allez-y, ça lui fera plaisir. Bref, c’est un morceau sublime, voilà tout.

          Et la première place dans mon cœur revient à L’hôtel particulier. Je ne sais pas, elle me met dans une ambiance tellement particulière (là aussi j’ai fait un jeu de mot, ventre saint-gris mais quel humour je m’applaudis), qu’elle obtient pour moi un statut de chanson inoubliable. Et puis j’aime beaucoup la simplicité avec laquelle elle est faite. Cette basse presque étouffée mais tellement importante qu’on entend qu’elle, et puis accents cuivrés qui renforcent les transitions entre les paragraphes du texte. Un joli texte d’ailleurs, superbement délivré par Gainsbourg. Cette chanson est tout de même plutôt calme, mais il en existe une version chantée par Éric Elmosnino pour le film de Joann Sfar que j’apprécie énormément, et où la basse est notamment remplacée par une guitare électrique dont la saturation est poussée à l’extrême. Et franchement j’adore. Voilà, c’est un petit bijou.

          Je vous retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, et d’ici-là, n’arrêtez pas d’écouter de la musique, et surtout, soyez curieux !