Bien le bonjour !

 

          Celui-ci va être complexe. Portishead n’est pas un groupe très accessible à tous, on le catégorise bien trop souvent comme destiné aux intellectuels. Mais ce serait bien dommage de ne pas s’autoriser à l’écouter, si l’on ne fait pas partie de “l’élite”. Parce que Portishead, eh bien c’est magnifique.

          Quelques informations à son propos pour commencer : le groupe naît en 1991, composé alors de Geoff Barrow aux claviers, à la batterie et à la guitare (un véritable homme-orchestre en somme), et de Beth Gibbons, au chant et à la guitare. S’y ajoute quelques temps plus tard Adrian Utley, à la guitare, à la basse et aux claviers. Le nom du groupe est le même que la ville natale de Barrow, dans le Somerset en Angleterre (non loin de la frontière sud avec le Pays de Galles). Et son style musical est le trip-hop, genre naissant à cette époque, et dont ils deviendront de grands représentants. La musique du groupe est très spéciale. Très cinématographique, et est d’ailleurs utilisée à l’occasion dans les bandes-originales. Il y a beaucoup de samples (terme désignant des extraits musicaux provenant d’autre oeuvres ré-utilisés afin d’en faire de nouvelles), et d’effets sonores parfois déroutants. Et la voix de Beth est bien souvent torturée, mais elle n’en est pas pour autant moins belle.

          Pour vous faire découvrir Portishead, il me fallait donc choisir un album, et j’ai pour cela opté pour Dummy, leur premier, sorti en 1994.

© Interscope Records (1994)

 

          On commence par Biscuit, un bon exemple de morceau qui bouge bien, et qui est empreint du style si propre à Portishead. Le sample est excellent, immédiatement reconnaissable. Le son trip-hop il est là, il en veut et il se fait entendre. Un très bon morceau pour marcher dans la rue et imaginer qu’on marche sur le visage des gens à la place du bitume. Simple mais efficace.

 

          Ensuite, intéressons-nous à Strangers. C’est un morceau que je trouve plus dansant pour le coup. En l’écoutant je visualise des jeunes dansant au milieu d’une rave party, au ralenti parce qu’ils auraient pris plus de trois Dolipranes dans la même journée. En gros ça m’évoque assez bien les années 90 je crois. C’est planant, la boîte à rythmes se défoule. Un bon petit morceau feel good.

 

          Celui-ci, il s’agit en réalité de la première piste de Dummy, j’ai nommé le très mystérieux Mysterons. Je le trouve dans la lignée des deux morceaux précédents. Dansant, planant, très 90’s. La démarcation se fait ici sur le refrain, que je trouve plus mémorable que les autres. Qui plus est accompagné d’un riff de guitare assez harmonieux. Et j’aime bien l’effet « alien » utilisé, qui correspond plutôt bien à l’univers du groupe.

          Celui-ci est très certainement le morceau le plus connu de toute la carrière de Portishead. Je parle bien évidemment de Glory Box. Qui n’a jamais entendu ce violon qui s’insinue dans notre tête, et y reste pour toute la vie ? Qui n’a jamais entendu cette douce voix de Beth qui nous berce, pour mieux nous réveiller au moment du refrain ? Pas grand monde je vous le dis. Cette chanson c’est simple elle est mythique. Elle te met dans ce genre d’humeur dans laquelle tu n’as pas spécialement envie d’être à la base, mais dont tu n’as pas envie de te défaire par la suite. Elle mériterait d’être placée au Panthéon des meilleures chansons de tous les temps, à côté de ma chanson préférée (dont je vous parlerais un jour, promis). Il est tout simplement obligatoire de l’écouter. Au moins une fois dans sa vie.

 

          Bien que je ne tarisse pas d’éloge sur Glory Box, il y a tout de même un morceau qui le dépasse dans mon coeur, sur ce même album. Et il s’agit de Roads. J’ai rarement entendu un morceau avec une instrumentale telle que celle-ci. Prenez seulement l’introduction par exemple : une basse, toute seule. Mais petite subtilité, il s’agit en réalité d’un synthétiseur jouant avec une sonorité proche de la basse. Mais jusqu’à il y a peu, je l’ignorais et je pensais qu’il s’agissait tout simplement d’une véritable guitare basse, avec divers effets, mais non, je me fourvoyais ! Mais quelle belle ligne fait-elle, elle rentre non seulement dans ma tête, mais aussi dans mon coeur. Tellement que l’année dernière, en écoutant Autre part de Bigflo & Oli (sur leur album La Vraie Vie), j’ai eu l’impression d’écouter Roads tellement leur ligne de basse avait l’air de s’en inspirer. C’est sans doute une des raisons pour laquelle Autre part est à ce jour ma chanson préférée du frères toulousains. Mais bref. La voix de Gibbons est profonde, aiguë, comme si elle essayait de pénétrer mon âme comme un brise-glace le fait avec la banquise. Et elle y arrive très bien. Je l’écoute et je me visualise regardant par la fenêtre du noctilien qui me ramène chez moi à 5h du matin après une folle nuit de karaoké au Café Rive Droite. Un chef d’oeuvre.

          Je vous retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, et d’ici-là, n’arrêtez pas d’écouter de la musique, et surtout, soyez curieux !