Bien le bonjour !

 

          À l’instant où j’écris cette chronique, Christopher Wallace, plus connu sous le nom de The Notorious B.I.G, est mort depuis bientôt 22 ans, assassiné par balles le 9 mars 1997 sur le siège passager d’une voiture lors d’un séjour à Los Angeles. Il n’avait même pas 25 ans, à peine plus vieux que moi. Une mort qui ressemble beaucoup trop à celle de son ancien ami proche Tupac Shakur, survenue quelques mois plus tôt à Las Vegas, le 13 septembre 1996, après six jours à l’hôpital. Et deux décennies plus tard, le public ne sait toujours pas qui est responsable de ces meurtres. Mais bref.

          J’ai choisi de vous parler aujourd’hui de Biggie, l’un des plus grands représentants du rap américain de la côte est des Etats-Unis d’Amérique, aux côtés du Wu-Tang Clan, ou encore de Mos Def. Christopher est né en 1972 à Brooklyn, quartier peu fortuné de New York. Il grandit modestement, mais sans non plus faire partie de la pauvreté, comme il pouvait le prétendre dans certains de ses morceaux. Sa mère Voletta ayant toujours été là pour prendre soin de lui. Après un petit boulot dans une supérette, il devient dealer. Il arrête tout quand il devient père, et surtout quand il rencontre Sean Combs, plus connu sous le nom de Puff Daddy, ou P. Diddy, ou Puffy, ou Diddy Dirty Money, ou Je-Change-De-Nom-Tout-Le-Temps-Du-Coup-Même-Moi-Je-Sais-Plus-Comment-Je-M’appelle. Combs le fait signer au label Bad Boy Records, et produit son premier album, Ready to Die, en 1994. Et il connaîtra ainsi un succès énorme jusqu’à sa mort, et même encore plus ensuite. On peut dire qu’il est entré dans la légende.

          Et j’ai donc choisi de vous parler de son deuxième album, Life After Death, sorti deux semaines après sa mort en 1997.

© Bad Boy Records (1997)

          On commence par The World Is Filled, en featuring avec Carl Thomas, Too Short & Puff Daddy. Morceau à quatre voix, qui parle de ce sujet si universellement reconnu et apprécié qu’est les prostitués. Il n’y a pas grand chose à dire sur les paroles, c’est du Gangsta Rap des années 90 dans son plus grand cliché, donc rien de particulièrement transcendant. Côté musical, je trouve que ce morceau a une tâche funky des plus appréciables. Cette walking bass qui sautille, ça fait plaisir à mes tympans. Si ce n’était pas du hip-hop, on aurait largement pu entendre ça dans les années 70. La voix de Carl Thomas me donne l’impression d’écouter un morceau d’R’n’B, dans le sens plus contemporain du terme, donc plus proche d’un Usher que d’un Wilson Pickett. Les autres artistes font leur boulot, en on bouge la tête avec eux. Surtout sur celui de Biggie selon moi. Une bonne entrée en matière.

          Le second morceau auquel je m’intéresse est What’s Beef. Il s’agit d’un morceau que beaucoup ont assimilé comme étant un clash destiné à 2Pac, mais ce n’est pas le cas, il parle ici de ses embrouilles avec les rappeurs Raekwon et Ghostface Killah, membres du Wu-Tang, et Nas. C’est une sorte de tradition du hip-hop de faire des chansons visant à abîmer la réputation de ses rivaux, et même si certains ne s’y livrent pas, Biggie le fait peu. Mais quand il s’y met, il le fait plutôt subtilement, et sans jamais nommer réellement ses adversaires. Il faut lire entre les lignes. Côté instrumentale, on a droit ici à ce qui ressemble fortement à un violon, qui ponctue tout le morceau de sa mélodie plutôt plaisante. Et le boom bap qui accompagne le flow si particulier de Biggie en fait un classique du hip-hop des années 90.  

          En voilà un qui collerait bien sur une scène d’action dans un film, genre un braquage ou un gros combat contre des mafieux : Kick In The Door. Il est encore une fois destiné à Raekwon, Ghostface Killah et Nas, Biggie ayant apparemment la rancune tenace. Ce morceau est très dynamique, et si l’on passe le skit d’introduction qui dure une minute où l’on peut entendre The Mad Rapper et Martin Lawrence (oui, l’acteur de Bad Boys, ami de Biggie, qui était d’ailleurs apparu dans un épisode de sa sitcom Martin), on passe un moment fort agréable. Je pense que c’est également un bon morceau pour faire de l’exercice. N’est pas Rocky qui veut, mais ça doit certainement motiver.

          Certainement le morceau le plus connu de cet album, et peut-être de toute la carrière de Biggie d’ailleurs : Hypnotize. Il est tellement populaire qu’il fut joué pendant le passage de son corbillard dans les rues de Brooklyn (vous pouvez vérifier, il y a des vidéos de ça sur YouTube). Que dire de son instrumentale ? Elle est légendaire. Rien que le sample de Rise de Herb Alpert est magnifique. Et la manière dont Wallace pose dessus est si naturelle qu’on dirait qu’il a trente ans de carrière derrière lui. Le refrain rentre dans la tête, et on le fredonne si facilement. C’est un morceau parfait pour danser, tout seul ou à plusieurs. Définitivement un de mes titres préférés de l’artiste.

          Et enfin, mon petit chouchou : You’re Nobody (Til Somebody Kills You). Je ne saurais  trop vous dire pourquoi, mais ce morceau résonne au fond de ma petite âme. Peut-être son petit côté mystique, du fait que Biggie y parle de la mort et de la célébrité, alors qu’il mourra quelques temps après l’enregistrement de cette chanson, et qu’il connaîtra encore plus le succès à titre posthume, comme le titre le prédit. Musicalement, il m’ambiance beaucoup. On retrouve encore une fois un petit violon en fond mélodique, du plus bel effet. Et le boom bap est encore plus présent, comme pour appuyer le propos de l’artiste. Un bon morceau bien puissant comme je les aime. Un chef d’oeuvre.

    Je vous retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, et d’ici-là, n’arrêtez pas d’écouter de la musique, et surtout, soyez curieux !