Bien le bonjour !

 

          Je vous vois déjà venir. Parler de Saez en ce moment, c’est plutôt pour lui taper dessus en général, et encore plus depuis qu’il a sortir son nouvel album #humanité. Mais moi j’ai envie de vous le faire aimer, lui qui m’accompagne depuis mon année de Seconde en 2011, un an après la sortie du génial J’accuse (je sais c’est cliché, moi qui en plus a suivi la filière L, mais chut, ne me jugez pas).

           Parlons de Damien d’abord, en quelques phrases. Il est né en 1977 d’un père espagnol et d’une mère algérienne, et vit d’abord dans les Alpes-de-Haute-Provence, puis à Marseille, puis à Dijon, où il ira au Conservatoire et apprendra le piano. Enfin, il finit par emménager à Paris, au même moment où il commence l’enregistrement de son premier album Jours étranges (contenant le fameux Jeune et Con). On est alors en 2001, et depuis le succès ne lui manque pas, et il enchaîne les albums, et vient de sortir à la fin d’année son 11ème (et il sortira en février un 12ème, À Dieu). Mais aujourd’hui j’ai décidé de vous intéresser à son triple-album Messina, sorti en fin 2012. Quand je dis qu’il s’agit d’un triple-album, cela signifie qu’il se divise en trois parties : Les échoués, Sur les quais, et Messine. Et dans ces trois disques, j’ai sélectionné mes cinq morceaux préférés, ceux qui me transportent le plus.

© Wagram Music, Cinq7, 16ART (2012)

          J’ai choisi de commencer par un morceau du premier disque, Les échoués, avec Marie. Si vous connaissez l’excellent et mythique Jacques Brel, vous penserez peut-être en l’écoutant que “Tiens, ça ressemble à Ces gens-là”, eh bien vous avez raison, c’est un artiste et une chanson que Damien admire, et il fait de ce morceau-là une sorte d’hommage à son idole. Ce que j’aime dans cette chanson c’est l’émotion qu’elle dégage. On commence tout doucement, et puis on augmente peu à peu l’intensité, jusqu’à l’explosion, un peu comme le déroulement d’un film, avec son climax, suivi de près par une conclusion douce-amère, plus calme. Les paroles sont je trouve très belles, simples, mais efficaces, et elles racontent une histoire émouvante. Et que dire de la musique derrière les paroles, c’est simple, je trouve ça magnifique, on part de simples accords posés assez timidement, pour finir avec un orchestre symphonique complet déversant toute sa beauté et son savoir-faire. Excellent.

           Ensuite, toujours sur le même disque, je m’intéresse à À nos amours. Il est assez peu joyeux ce morceau, il faut bien l’avouer. Mais est-ce qu’une chanson doit l’être pour être bonne ? Bien sûr que non. Et donc pour moi c’est une bonne chanson. Même une très bonne chanson. Elle est douce, calme. Pour moi elle traduit le sentiment de flou qu’on peut avoir quand une histoire d’amour est terminée. Cet état d’incertitude, où on fait tout au ralenti, parce que l’on est amorphe. La musique est elle assez simple, redondante, mais attention, pas ennuyante pour autant. Pour moi, elle accomplit sa mission, d’accompagner ce sentiment de monotonie dont parle la chanson. C’est un très bon morceau pour regarder par la fenêtre dans un véhicule en mouvement en tout cas, et je parle en connaissance de cause. Très bon.

          On passe maintenant au troisième disque, Messine. Et premièrement au titre Aux encres des amours. Pour prévenir, je ne parlerais d’aucun morceau du deuxième disque, Sur les quais, non pas parce que je ne les aime pas, mais simplement parce que j’ai du choisir mes préférés sur l’ensemble du triple-album, et le hasard a fait qu’il n’y en avait aucun sur le deuxième disque. Voili voiluche ! Revenons-en au morceau. C’est un morceau très orchestral. Il a d’ailleurs droit à sa version totalement instrumentale, surnommée “Thème”, sur ce même troisième disque. On s’évade en écoutant ce titre je trouve, en tout cas moi cela me fait cet effet. Je me vois également très bien danser là-dessus. Et je parle pas de kuduro hein, mais plutôt d’un slow, avec une jeune femme portant cet instrument de torture qu’on appelle des escarpins. Puis un tango quand le rythme du morceau change à mi-chemin. Bon je sais pas danser le tango, mais vous avez l’image, enfin j’espère. De toute façon toutes les excuses sont bonnes pour porter un noeud-papillon. L’orchestre se donne à fond ici. Vraiment, quand je faisais partie d’un orchestre dans mes plus jeunes années, j’aurais donné beaucoup pour que l’on joue cette chanson. Mais bon, à la place on a fait du Led Zeppelin, et ça m’a consolé un tantinet. Mais bref. Vous aurez compris que je vous conseille ce petit bijou !

          Le Bal des Lycées est un autre morceau plutôt lent et posé. Mais il me touche au plus profond de mon âme. J’étais au lycée quand je l’écoutais, et il me rendait nostalgique d’une époque que j’étais en train de vivre. Assez incongru n’est-ce pas ? Voici le pouvoir de Saez, il vous emmène avec lui dans des contrées lointaines dont vous ne partez jamais. Quand vous l’écoutez, et je veux dire vraiment l’écouter, pas juste connaître Jeune et con, et dire que “Saez c’est un truc de suicidaire et de bobo gauchiste“, vous continuez. Vous rejoignez une grande famille, un grand groupe de soutien, où tout le monde partage cette même émotion. Et je trouve ça beau. Mais Le Bal des Lycées renvoie à cette époque où tout était souvent terne. Le lycée, personne ne le vit de la même manière évidemment, mais il reste rare de trouver quelqu’un qui y a passé les meilleures années de sa vie. Mais cette chanson a le pouvoir de nous y faire revenir, de relativiser, et de se dire que quand-même, c’était plus simple à l’époque, et qu’il y avait de belles choses. Et le final en apothéose me plonge dans une ambiance très spéciale, celle qui pourrait presque me convaincre de construire une machine à voyager dans le temps pour revivre certains de ces moments. Un chef d’oeuvre.

          Châtillon-sur-Seine est peut-être bien la chanson la plus personnelle de Damien sur ce triple-album. Pourquoi donc me direz-vous ? Eh bien parce qu’il y rend hommage à deux des personnes qui ont comptées pour lui dans son enfance, Nelly et Bruno. La première lui ayant enseigné un peu de littérature, et le second, joueur de basson, lui ayant fait découvrir tout un pan de la musique. Morts depuis plusieurs années, il a décidé de nous parler d’eux, de les immortaliser, dans ce qui est pour moi l’un de ses meilleurs morceaux. Musicalement, il nous transporte. Il est assez calme, comme les précédents dont j’ai parlé, mais il a cet aspect lyrique qui en fait quelque chose de spécial. Je dirais même qu’il se rapprocherait d’un requiem. Vous savez, ces grandes oeuvres de musique savante, ces messes des morts, composées par les plus grands pour accompagner les défunts. Le plus connu étant sans doute celui de Wolfgang Amadeus Mozart, mort avant-même d’avoir pu le terminer. Eh bien j’ai l’impression que cette oeuvre est le requiem de Saez. Et même s’il n’est probablement pas aussi doué que Mozart, ce qui à vrai dire est une comparaison qui n’a pas lieu d’être, ils ne sont ni de la même époque, ni du même esprit, cette chanson me plonge dans un état d’esprit similaire. Je me mets à repenser à tous ces gens que j’ai pu croiser dans ma vie, qui y ont eu une place plus ou moins importante, assez marquée pour que je m’en souvienne en tout cas, et qui parfois me manquent. On a tous une Nelly et un Bruno, et, même si son histoire est personnelle, il nous accroche à lui, et on s’y reconnaît. Et c’est puissant. Tout simplement sublime.  

          Je vous retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, et d’ici-là, n’arrêtez pas d’écouter de la musique, et surtout, soyez curieux !