Bien le bonjour !         

          Eh oui, maintenant que son nouvel album Jeannine est sorti, au passage un album magnifique dont vous pouvez lire une analyse sur ce même site par la toute aussi géniale Asma (et je dis pas ça juste parce que c’est ma collègue), je peux enfin vous parler de l’album précédent de ce bon vieil Antoine Valentinelli, AKA Lomepal : Flip, tout simplement parce que le principe de cette chronique est de ne pas parler du dernier album en date d’un artiste (sauf peut-être s’il est mort), et donc Flip rentre parfaitement dans cette catégorie à présent.

          Un petit mot sur Antoine d’abord. Il est parisien (du 13ème), il vient d’avoir 27 ans, et il fait également du skate, même si ça lui apporte moins de grecs dans l’estomac. C’est un artiste dont les chansons donnent une image torturée, avec une famille assez compliquée, comme par exemple son père, Dominique Valentinelli, correcteur littéraire, qui est parti quand il était petit, ou encore Jeannine, sa grand-mère maternelle, qui était schizophrène et a succombé à un cancer, et qui donne son nom à son deuxième album. Il est intéressant de noter que l’art est vraisemblablement important dans la famille Valentinelli, car la mère, Pascale, est artiste-peintre, et une des soeurs d’Antoine est actrice, elle se prénomme Laure, et vous pouvez la voir dans le film Nocturama, sorti en 2016. Pour en revenir à notre chanteur, il a commencé le rap aux alentours de 2010, en côtoyant Nekfeu (ils étaient dans le même lycée), et le belge Caballero, un de ses meilleurs amis à l’heure actuelle. Il a depuis fait du chemin, et outre ses deux premiers amis, il a déjà travaillé avec plusieurs artistes, tels que Roméo Elvis, JeanJass, 2Fingz, OrelSan, ou encore Philippe Katerine et Akhenaton (oui, celui d’IAM).

          Il est maintenant l’heure de parler de mes morceaux préférés de Flip.

© Pineale Prod, Grand Musique Management (2017)

          En voilà un bon morceau pour commencer : Lucy. C’est actuellement un featuring avec le groupe 2Fingz, composé des rappeurs Doums et Nepal. Ici on commence tout doucement, si bien qu’on pourrait s’attendre à un moment calme, mais très vite on sent monter la pression, et Antoine se lâche. Il pose, tel un lièvre courant dans un pré, vite, efficace. Il taille tout ce qui lui passe par la tête, des politiques aux complotistes. Et puis, après un refrain des plus minimalistes, mais tout de même génial, 2Fingz arrive, et comme un rappel de l’introduction calme, fait son couplet de manière tranquille, comme s’ils nous racontaient une histoire avant de dormir. Peut-être est-ce cela d’ailleurs le sens de cette chanson ? Les utopies. Auxquelles tout le monde souhaiterait avoir accès, mais qui au final ne fait rien dans ce sens. Ou comme ils le disent dans la dernière punchline : “Tout le monde souhaiterait un monde meilleur, mais au final, qu’en est-il ?”. Une petite pépite.

https://www.youtube.com/watch?v=078jU_9miYI

          Bécane est une chanson plus douce. Mais plus sombre encore. Quand je l’écoute je sens toute cette mélancolie et cette tristesse profonde qui est enfouie dans le coeur d’Antoine. Elle a ce pouvoir de transcender les âmes, que seulement quelques chansons dans ce bas-monde possèdent. On plane avec les couplets, et quand arrive le refrain, la chanson nous possède entièrement.  Un vrai petit tour de force qu’il nous accomplit là. Le morceau parle d’amour, malheureusement malheureux, connaissant l’artiste. Et l’instrumentale retranscrit parfaitement cela. Ce qui ressemble à du synthétiseur au début me rappelle l’ambiance d’In The Air Tonight de Phil Collins, avant de devenir un morceau hip-hop dans les mesures suivantes. Mais le pont avant le refrain reprend cet aspect vintage, pour précéder un refrain répétitif, mais qui claque. On en sort pas indemne de cette chanson.

https://www.youtube.com/watch?v=QvIW55GOueA

          D’un autre côté, on a Avion, un morceau calme lui aussi, mais qui ne retransmet pas le même feeling. On sent toujours une certaine mélancolie, mais elle n’a pas la même origine. Je dirais que le sujet est le rapport aux autres qu’a Lomepal, et aussi son rapport à la célébrité. Il a peur du regard des gens, et fait tout pour paraître tel qu’il voudrait qu’ils le voient, mais il se fourvoie. Il le dit très bien lui-même : “La plupart des belles choses que j’ai vu sont des mirages, j’ai tout à fait conscience que je vis dans un monde imaginaire”. Il étend par la même occasion ce mensonge à tout le monde autour de lui. Le titre du morceau est lui une référence à l’avion perdu de la Malaysia Airlines, et va de paire avec le suivant sur l’album : Malaise. C’est également une auto-référence, puisque sur son EP Majesté, il avait sorti le morceau Avion malaisien, déjà inspiré par la catastrophe. La citation que j’ai mise plus haut y est d’ailleurs déjà présente. Ici le crash est une métaphore de la chute inévitable après le succès, représenté par l’avion. Et j’aime beaucoup l’instrumentale, efficace dans l’accompagnement du propos de la chanson.

https://www.youtube.com/watch?v=WILmEPWPOvA

          Pour ce qui est de Billet, je dois avouer que j’ai d’abord eu du mal. Les premières fois que j’écoutais Flip, je le passais. Non pas que je n’apprécie pas Roméo Elvis, je l’aime plutôt bien pour être honnête, mais l’intro du morceau m’avait quelque peu laissé de marbre. Et puis un jour, alors que j’écoutais l’album sur mon tourne-disques en faisant le ménage (oui parce que je fais le ménage), je l’ai laissée tourner. Et c’est alors que j’ai découvert la seconde partie du morceau, d’un tout autre style, que certains ont surnommé Raté. Et à partir de là, j’ai commencé à apprécier l’ensemble de l’oeuvre. Et je dois dire aujourd’hui que je n’ai plus aucun problème à l’écouter en entier, même s’il m’arrive de temps en temps de passer directement à la seconde moitié. Si la première est énergique, énervée presque, la seconde est douce, et je dirais même délicieuse. Et les paroles sont plutôt bonnes, parlant de leur rapport à la célébrité encore une fois, d’une façon plutôt douce. Un petit bijou.

https://www.youtube.com/watch?v=R1m8Zcth5QU

          Voici venu le temps de parler d’un des meilleurs morceaux à ce jour de la carrière d’Antoine : Sur le sol. Très personnel dans l’écriture, il nous parle ici de sa relation avec sa mère, Pascale Valentinelli. On comprend alors que depuis très jeune, il a pris l’habitude de la voir malade, la trouvant souvent inconsciente dans leur appartement du 13ème arrondissement, sans toutefois préciser de quel mal elle pouvait donc souffrir. Réponse que l’on obtient sans doute dans l’album Jeannine, car celui-ci raconte la folie dont était atteinte sa grand-mère, ce qu’elle aurait transmis à 50% à sa fille, qui l’a en retour transmis à Antoine, à 25%, selon ses propres dires. Pour ce qui est du morceau en lui-même, il commence fort, car il nous demande si on a déjà envisagé la mort de sa mère, d’une manière positive, et il nous met face à nos sentiments, parfois contradictoires, envers nos génitrices, en général assez forts et positifs (même si évidemment tout le monde n’a pas la même mère, ni la même relation avec). Et le reste du texte est particulièrement émouvant, et on sent bien que le petit n’a pas eu une enfance des plus normales. La musique en elle-même retranscrit très bien ce sentiment de perdition et de tristesse, ce qui donne un ensemble assez harmonieux. Ma préférée de l’album, et de loin.

https://www.youtube.com/watch?v=PB49R4qPawU

          Un petit bonus pour vous, je vous conseille d’écouter Un peu de sang, parue sur la réédition sortie en décembre 2017 : Flip Deluxe. C’est une chanson très bien écrite, et assez émouvante elle aussi, et je l’adore tout autant. Je suis gentil je vous le mets juste en-dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=vQ2zDquys5Q

          Je vous retrouve dans deux semaines pour un nouveau Disquaire, et d’ici-là, n’arrêtez pas d’écouter de la musique, et surtout, soyez curieux !