© 7th Magnitude, 3ème Bureau, Wagram Music (2018)

          On l’aura attendu cet album solo de Gringe… En effet, il a commencé à en parler peu après la sortie en décembre 2015 de l’excellent Comment C’est Loin, le film réalisé par son comparse OrelSan, dans lequel ils jouaient tous deux. Et il y avait eu auparavant quelques allusions à un potentiel album solo, que ce soit dans différents sons des Casseurs Flowters (son groupe avec Orel), ou dans diverses interviews. Et aujourd’hui, nous y sommes enfin. Enfant Lune est donc sorti ce 2 Novembre 2018, en physique comme sur les différentes plateformes de streaming, où il est disponible depuis minuit (enfin, sauf sur Apple Music, où il y a eu du retard, à croire que c’est une blague en référence au retard qu’a pris son album). Mais bref, que vaut cet album ?

 

          Tout d’abord, on remarque facilement lors d’une première écoute la différence par rapport à ce que Gringe a pu nous montrer par le passé au sein des Casseurs. Il est, de manière générale, plus posé, et moins incisif dans ses punchlines. Il a tendance à verser dans le Chill Rap, sans non plus aller dans le Cloud attention (c’est pas PNL hein). Il y a ainsi des morceaux assez tranquilles, ce qui n’est pas désagréable. Comme par exemple Je la laisse faire, qui n’empêche pas de bouger la tête quand-même, ou encore Jusqu’où elle m’aime, en featuring avec Nemir, qui est un très joli morceau (et une collaboration très bien pensée). On retrouve d’ailleurs un thème commun dans ses deux morceaux : l’amour torturé. Thème qu’on peut percevoir dans d’autres titres, tel Déchiré, avec OrelSan, qui parle d’infidélité pour être plus précis. Un morceau des Casseurs qui ne sonne pas comme tel d’ailleurs, je ne saurais dire pourquoi précisément, peut-être est-ce le contexte d’un album solo, mais il met dans une autre ambiance. Sans doute l’absence de ce “passe-passe” habituel dans leurs morceaux, ici ils ont clairement chacun leur partie distincte, comme dans un featuring plus classique. Mais ça fait toujours autant plaisir d’entendre les deux amis partager un morceau, nous qui n’en avions pas eu sur La Fête est finie l’année dernière.

          Autre thème de prédilection sur ce disque : la dépression. Le morceau Paradis noir  en est le parfait exemple. C’est l’un des rares morceaux à être moins chill, bien qu’il ne soit pas d’un rythme soutenu non plus, mais il est en deuxième position dans la tracklist, ce qui permet de poser l’ambiance, après une introduction (Mémo) qui faisait un peu office de “Dans l’épisode précédent…”, avec ses multiples samples de morceaux du groupe de rap le moins productif. Dans Pièces détachées, il parle de ses rapports conflictuels avec la paternité, ayant peur de reproduire avec son enfant ce qu’il a vécu avec son propre père, et c’est très joliment écrit.

          Du côté des autres titre en collaboration, on est servis. On peut retrouver par exemple sur le titre Karma le très suave Diamond Deuklo, que vous avez pu voir en première partie de la tournée d’Orel, et qui les suit depuis le tout début. On retrouve également Léa Castel sur Scanner, une chanteuse qui s’était faite discrète depuis un certain nombre d’années. Mais évidemment, il y a un featuring qui éclipse un peu les autres, vu qu’il est triple : Qui dit mieux, avec OrelSan encore, Vald, et Suikon Blaz AD. Et j’ai plutôt apprécié le morceau, qui laisse chaque artiste s’exprimer équitablement, et qui ambiance plutôt bien, ce qui contraste avec le reste du disque, mais il faut savoir varier les plaisirs. Petite mention spéciale à On danse pas, qui sonne étrangement comme une chanson que Disiz la Peste aurait pu faire récemment, j’aurais bien vu une petite apparition dessus, mais bon, cela fonctionne aussi très bien sans lui.

          Pour conclure sur cet album, je vous le conseille fortement. Attention cependant, si vous vous attendez au Gringe des Casseurs Flowters, vous ne le retrouverez pas forcément, et  vous aurez sans doute besoin de plusieurs écoutes pour apprécier son travail à sa juste valeur. Mais prenez le temps de le faire, ce serait bête de passer à côté de ce petit bijou !

 

Tracklist :

1 – Mémo

2 – Paradis noir

3 – Je la laisse faire

4 – On danse pas

5 – Qui dit mieux (feat. OrelSan, Vald & Suikon Blaz AD)

6 – Konnichiwa

7 – Jusqu’où elle m’aime (feat. Nemir)

8 – Déchiré (feat. OrelSan)

9 – Retourne d’où tu viens

10 – Pour la nuit

11 – Pièces détachées

12 – Scanner (feat. Léa Castel)

13 – LMP

14 – Karma (feat. Diamond Deuklo)

15 – Enfant Lune

Le clip de Qui dit mieux :